« On n’a pas la même vision des choses » : exercice


En couple, chacun a sa version propre d’une situation et si on n’en parle pas, c’est la crise ! Voyons comment changer de point de vue aide à se réconcilier.

Observons un tableau. Par exemple American Gothic, de Brant Wood. Certains d’entre vous verront une bigote inquiète et un dévot pas commode, d’autres se demanderont ce qu’il y a à l’intérieur de la maison en arrière-champ, d’autres encore feront une fixette sur la fourche que tient l’homme entre ses mains. Tous les points de vue sont possibles ! En couple, c’est pareil.

Imaginons maintenant que ce couple doive s’exprimer. Que dirait la femme ?

« William est une tête de mule doublée d’un sourd ! Je peux suer sang et eau pour essayer d’entamer un début de dialogue, mais quand il est ronchon, pas moyen de lui arracher le moindre mot ! Et pour l’amabilité, on repassera !

Avant, ça m’amusait son côté mal embouché, mais maintenant j’ai l’impression d’avoir un ours autiste à la maison !

Quand je lui demande s’il a passé une bonne journée, il me répond «  Ouaip ». Quand je lui demande à quoi il pense : « – À des trucs. – Quels trucs, mon chéri ? – Des trucs ! » C’est blessant et démoralisant !

Je lui dis : « Mais parle-moi, enfin ! On t’a coupé la langue ? » Et lui, il prend sa fourche et il va dans son champ… Je ne vous dis pas l’ambiance à la maison !

Du coup, je passe pour une mégère alors que j’aimerais redevenir la compagne légère et distrayante qu’il chérissait à nos débuts. J’aimerais qu’il me parle de ce qu’il pense, de ce qu’il ressent, qu’il me raconte des choses sur lui, comme avant, quand on était jeunes mariés. Sauf qu’à force de le voir se renfermer, il m’a fait perdre l’envie de rire. Moi qui ai toujours été gaie comme un pinson, j’en viens même à parler toute seule dans ma cuisine ! C’est dramatique !

Quand je lui dis que j’en ai assez de son mutisme, il me dit que je suis trop exigeante et que je lui casse les pieds à jacasser comme une pie, alors là je me déchaine et, c’est vrai, je parle sans m’arrêter tellement il me met en colère !

J’ai bien essayé de lui proposer des choses agréables pour notre couple, mais il refuse tout !

Une fois, j’avais préparé un bon bain pour tous les deux en lui disant que ça nous détendrait de la semaine à la ferme. Mais non ! À la place il a fallu qu’on pose pour un photographe pour, soi-disant, « immortaliser notre condition paysanne » ! Des devoirs, toujours des devoirs ! Mais il est où le plaisir ?

C’est frustrant à la fin ! D’ailleurs, regardez la tête que je fais sur la photo : une vraie desperate housewife !

De son côté, que dirait le mari ?

« Jamais contente ! J’ai beau me tuer au travail, jamais le moindre encouragement !

C’est toujours : « Toi et tes animaux ! Toi et ta ferme ! » ; « Et moi dans tout ça ! Je suis ta femme, pas un meuble ! ». Et patati et patata… Elle me casse les oreilles avec ses revendications ! Une vraie syndicaliste !

Au début de notre mariage, Carolyn était pourtant gentille et ne se plaignait jamais que je travaille toute la sainte journée pour qu’on ne manque de rien. Je l’aimais ma petite femme. Mais elle a commencé à dire que je n’étais jamais à la maison, que je ne lui parlais pas assez de moi, qu’on ne parlait pas assez de notre couple ! Elle m’oppresse avec son besoin de parler tout le temps ! Il faudrait que je lui parle de mes émotions, de mes sentiments, que j’extériorise mes tensions refoulées ! Quelle idée !

Le pire, c’est que quand je lui parle, elle me dit que je l’ennuie avec mes problèmes pratiques, il faudrait savoir !

Moi, je n’ai jamais été un grand bavard, mais c’était bien comme ça, elle ne s’en plaignait pas. Et de mon côté, j’aimais bien son côté volubile, c’était agréable à la maison. Mais à force de me faire critiquer, il ne faut pas s’étonner si je passe mon temps dans mon champ ! Au moins quand je travaille, personne ne m’embête !

C’est comme la fois où on s’est fait photographier pour le journal local. Elle a pesté parce qu’elle voulait qu’on prenne un bain ensemble ! Un bain ! Mais pour quoi faire ? Il y a d’autres priorités dans la vie que de prendre un bain ! Cette photo, ç’en était une. J’étais fier qu’on nous tire le portrait devant notre maison que j’avais passé toute l’année à retaper — entre parenthèses, sans le moindre mot de remerciement ! — parce qu’elle ne voulait pas vivre à la ferme, elle voulait sa maison… et elle l’a eue ! Eh ben, voilà le résultat : on est tout crispés ! Je vais devenir la risée du village ! »

Que dirait l’observateur de la scène ?

 » Les différences entre Carolyn et William ne se sont pas révélées tout de suite, mais seulement lorsque Carolyn a commencé à se plaindre du manque de proximité de son mari… Malheureusement, sous formes de reproches plutôt que de besoins non assouvis et de propositions concrètes.

Carolyn est émotive et a besoin de s’exprimer verbalement autant que d’être rassurée par la présence de son mari. Le vide du silence et l’hostilité qu’elle ressent lorsque William répond laconiquement à ses questions font qu’elle se sent incomprise et encore plus seule. L’accumulation de ses besoins non comblés transforme sa frustration en colère et la pousse à agir à l’opposé de ce qu’elle est, volubile et légère, donnant ainsi raison à son mari, qui la prend pour une « mégère ».

William, lui, est un grand solitaire. Organisé et travailleur, c’est quelqu’un sur qui on peut compter. Mais il a besoin d’être encouragé pour le travail qu’il accomplit, puisque c’est sa façon à lui de montrer à sa femme qu’il la chérit et la protège. Or, c’est le contraire qui se produit et il s’en désole. Il regrette que sa « petite femme » se révèle être aussi critique à son égard, ce qui crée à son tour une accumulation de rancœurs qu’il extériorise en travaillant davantage encore.

Ainsi, William craint que Carolyn le harcèle et Carolyn s’attend à ce que William cherche à la fuir. Tous les deux sont découragés. Chacun s’attend à ce que l’autre le déçoive… et agit, en effet, afin qu’il le soit ! Ces cercles deviendront de plus en plus vicieux si Carolyn ne s’efforce pas d’accepter que William ne parlera ni n’agira jamais sous la contrainte et, qu’à son tour, il devra lui accorder plus de temps de réelle proximité pour l’encourager dans ce sens. »

Exercice à la maison :

Je vous propose un exercice qui vous aidera à repenser votre interprétation en regardant à travers les yeux de votre partenaire. Un peu comme si vous chaussiez ses lunettes. Réfléchissez à une dispute entre vous et écrivez :

1. Votre version
2. La version que votre partenaire raconterait
3. La version d’un observateur de cette dispute

Comparez vos 3 versions respectives. En quoi diffèrent-elles ?

À vos stylos !

Prune Quellien

Vous rencontrez cette situation et avez besoin d’un conseil amoureux personnalisé ? Je vous invite à prendre rendez-vous, nous en discuterons ensemble et envisagerons des solutions.

 

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